Mondialisation comme source de croissance instable

L’expérience des deux dernières décennies nous enseigne que la mondialisation de l’activité économique a été, paradoxalement, à la fois source de croissance et source d’instabilité accrue des marchés. De ce point de vue, la période dite de « grande modération » des pays riches contraste avec la forte volatilité, dans le même temps, des économies émergentes et en développement. Ce paradoxe peut s’expliquer par deux effets. Si la mondialisation permet plus de croissance par une spécialisation accrue, l’interconnexion croissante des marchés, tout en accentuant la concurrence, est également source d’instabilité. En particulier, la violente crise financière de 2007-2008 a souligné la fragilité de l’activité économique globale par rapport à l’internationalisation des marchés financiers et des réseaux bancaires.

D’un point de vue macroéconomique, les recherches doivent cerner les conditions sous lesquelles une expansion excessive du secteur financier et du crédit peut contribuer à cette instabilité, en alimentant des épisodes de surinvestissement (par exemple, dans les secteurs immobilier ou des nouvelles technologies) ainsi que de possibles « bulles » des prix d’actifs généralement associées. Il est également essentiel de comprendre quels secteurs sont les plus exposés au phénomène de contagion internationale des variations de prix d’actifs et de « bulles ». Sur le plan plus économétrique, la recherche se concentre sur l’examen des canaux de transmission, dans les pays émergents, des risques de crédit, de liquidité, de taux de change et de taux d’intérêt, par la modélisation de différents indicateurs de stress des systèmes financiers de ces pays.

Par ailleurs, l’évidence empirique atteste désormais que l’imperfection des marchés financiers internationaux n’a permis que de faibles gains de partage du risque, réalisés surtout par les pays riches. Le risque de récession globale, attesté par la situation actuelle, est par définition impossible à assurer par les marchés. La recherche doit mettre en lumière comment l’intégration internationale affecte les possibilités de rattrapage ou de rupture de croissance des économies « pauvres » et transmet l’intensité d’une répartition des revenus inégalitaire d’une économie à l’autre. Face aux défaillances des marchés internationaux, seule une compréhension précise et quantifiée des mécanismes à l’oeuvre peut permettre la conception d’une politique publique adaptée. Sont concernées en premier lieu la politique monétaire et ses effets sur le crédit et les « bulles », ainsi que la politique fiscale qui compense les inégalités de revenu et de richesse. A la frontière de la recherche actuelle, il s’agit d’incorporer à l’analyse plusieurs dimensions incontournables, bien que généralement ignorées, telles que l’hétérogénéité et l’apprentissage des agents économiques, la coexistence de nombreux secteurs productifs, ou encore la connexion en réseau qui caractérise le système bancaire.

La récente crise financière pose également la question de l’efficacité de la réglementation bancaire et financière. Il apparaît sur ce plan utile de revenir sur les raisons qui rendent nécessaires la réglementation et donc d’identifier de manière plus précise que n’a pu le faire jusqu’ici la théorie économique les inefficacités que peuvent entrainer les asymétries informationnelles. En effet, la réglementation bancaire a connu récemment plusieurs évolutions qu’ont formalisés les accords de Bâle I, II et III. Ces accords plaident en faveur d’une réglementation préventive visant à détecter, à des stades précoces, les problèmes de certaines banques. Si plusieurs acteurs du marché acceptent la nécessité d’une telle réglementation préventive, peu de travaux scientifiques ont fourni des recommandations pratiques sur la forme précise que pourrait revêtir ce contrôle. Plus généralement, une meilleure compréhension des mécanismes de transmission de la dernière crise financière suppose une meilleure compréhension de mécanismes de partage du risque sur les marchés financiers et les marchés de l’assurance. Il s’agit, par exemple, de comprendre comment il est possible de corriger le problème d’asymétrie d’information entre les assurés et leur assureur quant à la santé financière de ce dernier ou quels sont les mécanismes de transfert de risque en présence d’aléa moral.