La Caverne de Kinshasa et les 40 voleurs

Presse / expertise
Diamants, or, coltan, forêt équatoriale, minerais en tout genre : les sols de la République démocratique du Congo offrent une richesse incroyable. On ne peut pas en dire autant du pays, comptant parmi les plus pauvres au monde, avec 87,7% de sa population en dessous du seuil de pauvreté. Victime d’un passé sanglant, la région a fait l’objet de spoliations sans commune mesure, qui n’ont jamais vraiment cessé.

50% de cobalt, 4e réserves de diamants, 60% de coltan, forêts, parcs naturels… suffisent-ils à faire de la RDC un pays riche ? L’Histoire n’en a pas décidé ainsi. La République démocratique du Congo a été à la merci de pillages répétés. En 1885, le roi des Belges Léopold II annexe purement et simplement les terres congolaises. Il pose ses bastions dans une région survivant à l’esclavagisme des zanzibaris, dont Tippo Tip en (sup ?) est le maître d’œuvre. Après (Aux) les razzias et massacres organisés par cet esclavagiste, suit la prise de possession de Léopold II. Il n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Le système repose sur la spoliation pure et simple du pays, sans scrupule aucun. L’historien Jules Marchal, en 1997, estime l’enrichissement personnel de Léopold II à 6 milliards de francs français ! 

L’indépendance, obtenue en 1960, est loin d’être un long fleuve tranquille. Mobutu Sese Seko règne sans pitié sur le territoire. De son nom zaïrois, on peut traduire « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ». Les répressions sanglantes, la corruption généralisée, le népotisme et le recours à la planche à billets sont le lot quotidien des habitants. Mobutu règne en maître. Il accumule plusieurs milliards de dollars pendant que les congolais assistent à la déliquescence des institutions. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? La République démocratique du Congo est toujours gangrénée par une corruption rampante. Les institutions (infrastructures), notamment routières, sont rudimentaires. Le pouvoir central, situé à Kinshasa, la capitale, a bien du mal à garder le (contrôle sur toute l’étendue de son territoire, grand comme 4 fois la France ! Les régions éloignées, comme le Kivu par exemple, font face aux convoitises voisines.
 

Sud-Kivu : réplique locale d’avidités mondiales  

La région du Sud-Kivu est une réplique locale et exacerbée de ce genre de tensions. Elle est, encore aujourd’hui, au cœur du conflit le plus meurtrier depuis la (2nd) Seconde Guerre mondiale. La région des Grands Lacs vit au rythme des tirs et des mouvements de population. Après le génocide rwandais, en 1994, le Sud-Kivu est déstabilisé par un grand mouvement migratoire. Les Hutus, militaires et civils, fuient les représailles du génocide Tutsi et s’installent dans la région. En 1997, Kagame, alors Président du Rwanda envahit la région prétextant une revanche sur la population Hutu. Dans le même coup (temps), Mobutu est renversé et Laurent Désiré Kabila prend sa place. Avec une telle porosité aux frontières, les milices rwandaises et ougandaises voisines ont tôt fait d’établir leur bastion. Suite à cette première attaque, s’annonce la Seconde guerre du Congo entre 1998 et 2003. Mais l’accord de paix de 2003 n’aura pas suffi : le Rwanda attaque de nouveau le Congo, une première fois en 2004 avec la prise de Bukavu et une seconde fois en novembre et octobre 2006. Les massacres continuent de secouer le pays à intervalles réguliers, au rythme impassible du métronome.


 


La malédiction des ressources naturelles est la conséquence d’un État faible et de l’indifférence, voire la concupiscence, de la communauté internationale face à ces exactions. Le coltan en est l’emblème. 

Écrans de fumée ou écran de TV ?  

Le coltan est un minerai indispensable à la fabrication de nouvelles technologies ou encore d’équipements aéronautiques. Son trafic illégal détériore l’environnement ainsi que la stabilité du Kivu. Cette région détient 60% des réserves mondiales ! C’est le vivier d’un commerce que les grandes firmes internationales s’arrachent. Les Nations Unies ont commencé à pointer du doigt ces exactions à partir des années 2000. Un rapport de 2015 dénonce l’extraction illégale des sous-sols congolais et met en cause l’Ouganda, le Rwanda ainsi que le Burundi. Le rôle des nombreuses multinationales pour la plupart occidentales a été dénoncé, grâce à la publication d’une liste rassemblant 85 entreprises.

 

Toutefois, aucune sanction contraignante n’a été mise en place, laissant l’impunité régner. Les puissances occidentales sont peu loquaces quant aux liens qu’elles entretiennent avec le trafic illégal. En 2010, Londres a été accusé de protéger les entreprises britanniques qui achèteraient des minerais aux rebelles congolais par l’ONG Global Witness.

 

Fallait-il une autre preuve pour reconnaître que la traçabilité de nos portables, de nos TV, de nos ordinateurs est plus qu’opaque ? Apple, Samsung, Sony et bien d’autres sont incapables de fournir des informations précises sur la provenance de leurs minerais. La loi Dodd-Franck aux États-Unis, établie par Barack Obama, a tenté d’obliger les entreprises à rendre publique la provenance du coltan qu’elles utilisaient. Elle lève aussi les aides financières aux États qui perturbent et déstabilisent la paix. Son exécution est toutefois partielle et elle est même menacée de suppression par Donald Trump. Combien de temps encore l’écran nous protègera-t-il la vue d’un tel spectacle ? 
 

Face à l’absence d’institutions fortes pour garantir la sécurité du pays, le respect des droits humains ainsi que la stabilité économique, la « malédiction des ressources naturelles » ne peut que persister.


Claire Lapique

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