Thierry Ménissier

economic philosophy seminar
Uniquement en français

Thierry Ménissier

Université de Grenoble
Les démocraties face à la corruption : conditions d’une approche philosophique contemporaine
Lieu

VC Salle 205

Centre de la Vieille-Charité - Salle 205

Centre de la Vieille Charité
2 rue de la Charité
13002 Marseille

Date(s)
Vendredi 12 mai 2017| 10:00 - 12:00
Contact(s)

Feriel Kandil : feriel.kandil[at]univ-amu.fr
Miriam Teschl : miriam.teschl[at]ehess.fr

Résumé

Dans cette intervention, nous voulons d’abord mieux l’apport de la philosophie dans l’analyse de la corruption en regard de ceux d’autres sciences sociales. Si elle apparaît traversée de courants variés et ne saurait se réduire à une formule unique, la philosophie, telle que nous l’entendons, vise la connaissance par concepts et fait partie des savoirs normatifs ; ces deux traits la singularisent en regard de cet objet particulier de connaissance qu’est la corruption.
Ensuite, nous entendons caractériser celle-ci, en l’appréhendant comme une catégorie juridique mettant en jeu les principes du rapport individuel à la loi tels que décrits par la philosophie moderne du droit. Il apparait que la corruption est possible pour l’individu qui, considéré comme libre, se soumet volontairement à la loi commune et respecte le bien public en tant qu’il est privativement inappropriable. Par conséquent, c’est en regard de ce qu’on appelle l’autonomie que la notion de corruption tel que l’entend le droit apparaît pertinente.
Les difficultés surgissent alors, du fait de la tension fondamentale entre autonomie et intérêt. Dans la définition de l’individu moderne, deux définitions du principe personnel d’action s’affrontent en effet (pour schématiser, Kant contre J. S. Mill). On montrera que, si cette tension est constitutive dans notre perception commune de la corruption, du point de vue de la logique de l’intérêt, tout se passe comme si on avait toujours raison de se laisser corrompre. Par suite, la lutte contre la corruption, ce fléau tout à la fois contraire à l’équité, à la démocratie et au développement, ne peut passer ni par la répression pure et simple, ni par des campagnes de « transparence », les unes et les autres étant nécessaires mais insuffisantes. Il faut repenser, sur le plan philosophique, l’anthropologie sociale et politique de la corruption ; en faisant l’hypothèse que la transformation promise par la modernité (le triomphe de la raison dans les conduites humaines) ne peut être intégralement réalisée, il convient de se doter d’un autre paradigme pour penser la situation de corruption – en intégrant au passage les cas contemporains de « quasi-corruption », très difficiles à penser et plus encore à réguler et à combattre.
Comme elle constitue un véritable « pouvoir oblique », entretenu par le ressort de l’intérêt et que l’éthique de type conséquentialiste n’a pas la possibilité d’éradiquer, la corruption gagnerait à être envisagée en regard d’une éthique de type arétaïque, c’est-à-dire qui privilégie les vertus, telle que la probité. Bien qu’elle soit issue d’un autre monde (plutôt classique que moderne), qui semble inadapté à nos démocraties « d’après la vertu civique », cette manière d’envisager la lutte contre la corruption trouve un point d’appui intéressant dans le républicanisme hétérodoxe d’un Machiavel.

Plus d'informations

Thierry Ménissier, né en 1964, est Professeur des Universités en philosophie à l’Université Grenoble Alpes. Agrégé de philosophie, docteur en études politiques et habilité à diriger les recherches en science politique, il fait partie de l’équipe de recherche Philosophie, Pratiques & Langages (PPL, Equipe d’accueil n°3699 de l’Université Grenoble Alpes) dont il anime l’axe « Philosophie pratique ». Il est directeur pour le site grenoblois de l’Ecole Doctorale de philosophie n°487 : Philosophie, Histoire, Création, Représentation. 

Auteur de plusieurs monographies (notamment consacrées à Machiavel dont il est un spécialiste reconnu) et de près d’une centaine d’articles ou de contributions dans des ouvrages collectifs, ses recherches portent sur les principes à l’œuvre dans les expériences pratiques de notre temps, sur l’éthique publique aujourd’hui, sur l’innovation technologique et sociale considérée comme un mode de transformation des sociétés contemporaines.

Ouvrages publiés en nom propre :
-       Éros philosophe. Une interprétation philosophique du Banquet de Platon, Paris, Kimé, 1996.
-       Machiavel, la politique et l’histoire. Enjeux philosophiques, Paris, P.U.F., 2001.
-       Le vocabulaire de Machiavel, Paris, Ellipses Marketing, 2002.
-       Éléments de philosophie politique, Paris, Ellipses Marketing, 2005.
-       Machiavel ou la politique du Centaure, Paris, Editions Hermann, 2010.
-       La liberté des contemporains. Pourquoi il faut rénover la République, Grenoble, P.U.G., 2011.
-       Machiavel. Ombres et lumières du politique, Paris, Ellipses Marketing, 2017.
-       A paraître : Le Pouvoir oblique. Une philosophie de la corruption.

Direction d’ouvrages collectifs :
-       Machiavel. Le Prince ou le nouvel art politique (codirection), P.U.F., 2001.
-       L’idée de contrat social. Genèse et crise d’un modèle philosophique (codirection), Paris, Ellipses Marketing, 2004.
-       L’idée d’empire dans la pensée politique, historique, juridique et philosophique, Paris, L’Harmattan, 2006.
-       Lectures de Machiavel (codirection), Paris, Ellipses-Marketing, 2006.
-       L’atelier de l’imaginaire (codirection), Grenoble, Elya Editions, 2015.